NGUL BE TARA homologué au Nigeria. Info ou Intox?

Réponse du Professeur Aimé Bonny, dans cet article publié sur le site d’information lesscoopsdafrique.com

Le ministère de la Santé publique a homologué, au mois de juillet 2021, quatre (04) produits de la pharmacopée traditionnelle camerounaise. Ces médicaments traditionnels améliorés (MTA) sont supposés potentialiser l’action du traitement validé, d’où leur appellation de produits « adjuvants ».

Cette autorisation encadrée (adjuvant) d’utilisation s’explique par le peu de données codifiées desdites décoctions issues des plantes de notre terroir. D’aucuns parleront d’autorisation de complaisance, ce qui serait une faute gouvernementale. On ne joue pas à la loterie avec la santé humaine. Un fait est indiscutable dans cette course contre la reconnaissance à tout prix et à tous les prix que se livrent les vrais et faux tradipraticiens.

La pandémie à la Covid-19 est une opportunité inespérée d’exister, tant scientifiquement parlant que financièrement. Dès lors, tous les coups peuvent être permis aux pays des aveugles où les borgnes sont rois. Le Dr Marlyse Ndi Peyou est l’un des valeureux chercheurs en médicaments traditionnels améliorés que le tamis ministériel a laissé sur le carreau. Cette « sanction » envers un médicament adoubé par le puissant voisin qu’est le Nigeria m’intrigua et suscita par conséquent ma curiosité.

La négligence par les autorités camerounaises du curriculum vitae made in Nigeria du Ngul Be Tara n’était pas ma seule préoccupation. Je me suis également posé la question de savoir comment un pays aussi sérieux en termes d’homologation de produits de santé, ce pays qui, contrairement au Cameroun, a une véritable agence du médicament (Nafdaq, https: //greenbook.nafdac.gov.ng) ait pu homologuer un produit qui n’a à ce jour aucune publication.

En effet, lors de l’interview de la consœur sur la chaîne Canal2 international le 30/07/2021, le Docteur déclara ” les études que nous avons faites seront publiées au Nigeria”. En général on ne publie pas dans un pays, mais dans une revue scientifique qui a une audience transfrontalière. Mais soit. La principale information est que le Ngul Be Tara, comme toutes les décoctions anti- Covid africaines, n’a aucune preuve lisible de son efficacité.

La brillante scientifique qui a fait ses classes en France et aux USA nous a rappelé que « le Nigéria publie énormément sur les plantes médicinales» et que les composantes biochimiques constituant les principes actifs des décoctions camerounaises ont été étudiées et publiées en Chine.

Pourquoi nos chercheurs n’empruntent pas le même chemin ? Pourquoi voulons-nous toujours faire passer les étrangers pour plus intelligents, en reprenant leurs travaux au lieu de produire les nôtres ? Le ministère de la recherche scientifique et de l’innovation (MINRESI) a une responsabilité certaine dans cette paresse intellectuelle.

Intrigué de cette mauvaise façon que beaucoup de nos chercheurs africains ont à vouloir imposer dogmatiquement leurs vérités, suis allé à la source de l’information.Premièrement, j’ai interrogé un imminent Professeur de médecine du centre hospitalier “Bayero State University” de Kano. Il n’est pas au courant de cette homologation. Il n’a même jamais entendu parler du Ngul Be Tara.

Ce dernier a interrogé les collègues chargés de la riposte anti-Covid au sein de son hôpital universitaire : jamais entendu parler du Ngul Be Tara. Ledit Professeur a interrogé les membres du « Nigerian national Think Tank against Covid-19 » : personne n’y est au courant de ladite homologation querellée, jamais entendu parler de la décoction de « la force de nos ancêtres ».

Je n’étais pas rassuré, croyant à une conspiration contre le produit de mon pays. J’ai donc visité le site web de l’agence nigériane du médicament (National Agency for Food and Drug Administration and Control = NAFDAQ) : aucune trace de ce produit. A moins qu’il faille un certain temps (plusieurs semaines ou des mois?) pour que la Nafdaq mette sur son site un produit qu’elle a déjà validé, il y a lieu de s’interroger sur ce succès de la médecine traditionnelle camerounaise hors de ses frontières.

Qu’aucun des nombreux médecins Nigérians aux avant-postes de la prise en charge de la Covid-19 ne soit informé de l’existence d’un produit pourtant homologué chez eux est une curiosité. Ce serait comme si le comité de lutte du Minsanté et ses démembrements hospitaliers (ORCA, Hôpital Central de Yaoundé ou Hôpital Laquintinie de Douala) n’ont pas suivi l’actualité sur les quatre (04) adjuvants validés au Cameroun.

Opacité suicidaire des tradipraticiens

“Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup”. On observe ci et là beaucoup de déclarations intempestives sur des traitements miracles du Sars-cov-2. Le Pr Didier Raoult et sa horde de communicants de l’Institut Hospitalo- Universitaire (IHU) de Marseille ont fait des émules. Chacun y va de sa solution miracle pour une maladie qui tue par vagues, emportant également des patients qui en ont consommé.

Des chiffres de guérisons affolants sont distiliés par des adeptes de la non- démonstration de la vérité scientifique. Le Docteur Charles Hopson nous a même servi la prouesse de guérir le diabète. A croire que le comité du prix Nobel de médecine en a après ce génie Camerounais.

Profiter de l’adhésion sans réserve des populations africaines à la consommation des tisanes médicinales pour s’autoproclamer soignant est humainement reprochable et scientifiquement inacceptable. Autoriser cette liberté liberticide et risquée pour la santé des populations est une faute gouvernementale. Dérouler le tapis rouge à toutes sortes de « vendeurs de rêves » par les médias en panne de scoops manque de rigueur professionnelle.

La médecine traditionnelle africaine est la principale perdante de ce cafouillage. Oui cette médecine essentielle, héritage ancestrale jalousement préservé jusqu’à un passé récent, est à sa croisée des chemins. Inféodée par effraction par des commerçants sans aucune connaissance de la phytothérapie, la corporation des vrais tradipraticiens peine à répondre aux exigences de la critique constructive.

Nous ne pouvons que regretter que l’Afrique perde ainsi une sacrée opportunité de marquer le coup : à défaut de pouvoir avoir son vaccin, la phytothérapie africaine aurait dû être plus élaborée et démonstratrice de son efficacité. Nous avons la chance que par miracle l’Afrique échappe à une flambée de l’infection. Le rendez-vous est manqué.

Par Pr Aimé BONNY
Cardiologue Université de Douala, Cameroun President of the African Heart Rhythm Association (AFHRA)

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